Le blog de Reines d’Abeilles – Petit panorama des races d’abeilles et de quelques-unes de leurs caractéristiques

L’effondrement constaté depuis quelques années des colonies d’abeilles un peu partout dans le monde peut s’expliquer par plusieurs facteurs sans doute combinés, tels que l’utilisation massive des pesticides, la réduction de la diversité florale avec les monocultures, la pression des parasites comme le varroa, les espèces invasives comme le frelon d’Asie, etc, ……
Mais parmi les différentes causes il en est une méconnue qui est l’hybridation ; le croisement entre plusieurs sous-espèces d’abeilles pourrait bien aussi constituer un facteur de fragilisation supplémentaire des colonies par l’introduction d’espèces non endémiques (et donc peu adaptées aux conditions locales) qui vont entrer en compétition avec les espèces locales pour la conquête de l’espace.

carte races abeilles reinesdabeilles.fr

Répartition géographique des différentes variétés d’abeilles- Source Apihappy, Ruttner 1988

Notre espèce « locale » Apis mellifera se rencontre dans une vaste aire géographique qui va de l’Europe, à l’Afrique, le Proche-Orient, et jusqu’à la Sibérie. Cette très grande extension s’est naturellement accompagné de l’apparition de lignées appelées races, sous-espèces ou variétés dont les caractéristiques morphologiques ou comportementales varient.

En Europe, les races utilisées sont désormais nombreuses. Elles vont de l’abeille noire (de couleur très noire) à l’abeille linguista (presque totalement jaune). Entre les deux, on trouve toute une palette de races ayant des couleurs plus ou moins jaune, en passant par le gris, telles que la caucasica, carnica, anatolica, cecropia, cypria, iberica, etc.
Chercher à connaître ces différentes variétés d’abeilles et les rechercher pour leurs caractéristiques propres est un premier pas actif vers une protection de toute cette biodiversité.
Mais au fait, comment reconnaître ces différentes variétés et que sait-on d’elles ? Nous vous proposons de faire un tour des différentes variétés d’abeilles, dont les qualités et caractéristiques ont été réunies à partir de la bibliographie, des travaux des chercheurs et de témoignages d’apiculteurs. A tout seigneur tout honneur, commençons ce tour par notre abeille locale, l’abeille noire.

Chacun se fera son point de vue, mais vous, que savez-vous et quelle est votre expérience avec l’abeille noire ?

L’abeille noire (Apis mellifera mellifera)
L’abeille dite « noire » (à cause de sa couleur) est la race originellement présente depuis des milliers d’années (depuis au moins le Pleistocène) en Europe de l’ouest. C’est une assez grande abeille avec un abdomen brun foncé avec seulement quelques taches jaunes admises pour respecter le type.

Comme n’importe quel être vivant elle peut faire l’objet de sélection, et les apiculteurs qui souhaitent travailler avec cette variété d’abeille ne s’en privent pas. Elle est ainsi tout à fait capable de produire des colonies très populeuses. Elle fuit assez facilement face à la fumée, ce qui s’avère bien utile au moment de la récolte. Sa langue (de 5.7 à 6.5 mm selon les auteurs) est plus courte que les autres races d’abeilles, ce qui ne l’empêche pas de butiner aux côtés des autres races dans les corolles les plus profondes comme celles des fleurs d’acacia mais avec une efficacité qui n’est toutefois pas garantie.

Selon certains chercheurs, ce serait l’une des rares races à être capable de démarrer spontanément l’élevage d’une nouvelle reine, y compris en présence de la vieille encore existante, dès lors que celle-ci verrait baisser son taux de phéromones et sa capacité à pondre (phénomène appelé « anecbalie »). Phénomène particulièrement intéressant la vieille reine laisserait se dérouler le processus d’élevage royal jusqu’à la naissance, la fécondation et la ponte de la jeune reine. On observe alors une situation tout à fait exceptionnelle au sein d’une colonie d’abeille avec la coexistence un temps de deux reines. Cet état n’est évidemment que transitoire, la jeune reine tuant la vieille après quelques semaines de cette vie commune.
On dit de l’abeille noire qu’elle serait peu productrice de miel, bien que des études comparatives prouveraient le contraire et que placée dans les mêmes conditions, sa production est similaire aux autres races. Il semble qu’elle ait également une très grande capacité à stocker pollen et miel, sans doute plus que les autres variétés.

Elle est peu essaimeuse sauf précisément pour les colonies les plus fortes qui peuvent manquer de place et qu’il convient alors de surveiller de près. On considère qu’à la sortie de l’hiver la colonie met un certain temps à se développer en comparaison d’autres races, ce qui peut aussi être un avantage si on recherche des miellées tardives.
Elle a parfois une réputation d’agressivité qui lui colle à la peau … mais qui est pourtant loin d’être systématique et l’équipement habituel et normal de l’apiculteur suffit largement pour s’en affranchir.
Sa rusticité fait qu’elle est conseillée en zone de montagne ou pour les régions aux hivers longs et rigoureux.
Le grand apiculteur Perret-Maisonneuve écrivait en 1926 :
Citation Perret_Maisonneuve reinesdabeilles.fr

Pour résumer :
Elle est crainte par certains qui la considère comme agressive, avec un démarrage réputé assez lent au printemps et fait des rayons parfois irréguliers.
Elle a un bon sens de l’orientation, ne pille pas, entoure bien le couvain de larges provisions pour l’hivernage, a une bonne longévité. La reine est capable d’adapter sa ponte aux ressources disponibles, bien suivie elle est peu essaimeuse, très rustique et parfaitement adapté à son environnement et notamment très résistante au froid.

Sources : Apihappy, Frère Adam, J.A.F Diniz-Filho, M. Feltin, G. Fert, A. Perret-Maisonneuve, J. Perrin, F. Ruttner.

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